Badi Lalla, 84 ans est une pasionaria touarègue. Le visage de Badi Lalla est creusé de rides dessinant l’histoire de son peuple, dont elle est une icône politique et artistique. Née au sud de Tamanrasset, elle chantait déjà des poésies patriotiques auprès des touarègues, en 1963. Lalla est devenue la diva du tendé, un genre musical féminin qui porte le nom du tambour sur lequel il se pratique.

Badi Lalla, la doyenne du tindi, enchante les mélomanes de sa musique sortie du tréfonds de l’Ahaggar. Toujours drapée du traditionnel Tisseghnest, boîtant légèrement sous le poids de ses 84ans, «Lalla», comme aiment à l’appeler les Touareg, continue à accompagner sur scène ses protégés du groupe «Tinariwen» et d’initier d’autres troupes traditionnelles ou modernes à Tamanrasset.

Badi Lalla
Un après-midi chez Badi Lalla | Credit : Marie Planeille

Depuis décembre 2015, celle que les Touaregs considèrent comme leur «mère spirituelle» au même titre que les doyennes de l’imzad, ne cesse d’alimenter les colonnes de la presse européenne après son passage sur une scène parisienne avec «Tinariwen» pour l’enregistrement de leur dernier album live.

Lors des principales manifestations culturelles de Tamanrasset, Lalla accueille les invités de la capitale de l’Ahaggar assise à même le sol en compagnie d’autres femmes touarègues autour d’un instrument de percussion en forme de mortier, le «tindi», et entourée de méharis comme il sied aux plus authentiques cérémonies de la région.

Sur scène ou lors de cérémonies, «Lalla» donne toujours l’impression à ses spectateurs qu’à travers elle, «c’est le désert qui parle» et que les ancêtres des Touareg racontent leur histoire et leurs légendes du fin fond des montagnes de l’Ahaggar. Depuis une vingtaine d’années, «Lalla» investit la scène artistique avec un autre style après sa collaboration, au début des années 1990, avec de jeunes musiciens et militants touareg maliens qui avaient le blues et le Ténéré chevillés au corps et qui formèrent «Tinariwen».

Née en 1937 à In Guezzam, au sud de Tamanrasset, près de la frontière algéro-nigérienne, Badi Lalla, Badi Lalla Bent Salem de son vrai nom, diffuse dans le paysage musical targui sa poésie qu’elle collecte depuis l’âge de dix ans auprès de sa mère Lansari Bakka. Après son expérience avec Tinariwen, Lalla se lance dans un style particulier basé sur la poésie et les rythmes de ce chant ancestral, en introduisant la guitare électrique, et les sonorités du blues du Ténéré, la basse et de nouveaux instruments de percussion.

Badi Lalla
Un après-midi chez Badi Lalla | Credit : Marie Planeille

Ce travail de recherche et de fusion a donné naissance à ce qu’elle appellera le «Tindi guitare», un moyen d’initiation à ce genre accessible aux jeunes artistes et jadis réservé aux nobles parmi la population de l’Ahaggar, tout en s’appliquant à vulgariser cette poésie initialement chantée en cercle restreint lors des cérémonies sacrées. Badi Lalla collabore également depuis une dizaine d’années avec les équipes de l’Office du Parc national culturel de l’Ahaggar (Opnca) pour enregistrer, transcrire et traduire son patrimoine poétique et musical.

Badi Lalla
Badi Lalla | Credit : Groupe Kader Tarhanin

Depuis le succès planétaire du groupe «Tinariwen», Grammy Award du meilleur album de musique du monde en 2011 pour «Tassili», un grand nombre de jeunes musiciens «Ishumar» (déformation de «chômeur» en tamasheq), un mouvement musical introduit par des artistes du Sahel, évoluent autour de «Lalla» et de son nouveau style. Un style, si empreint de spiritualité, qui donne une seconde vie au tindi, une poésie authentique que les «Kel tamasheq», ou les enfants du tamasheq, se transmettent de génération en génération.